Murmures

Je n'ai pas pu m'en empêcher, je me suis fendue d'une contribution sur le site http://www.debatidentitenationale.fr/.
Bon, je ne réponds pas à la question posée. C'est plutôt comme un déclaration de désamour à l'objet d'une passion déçue. J'ai bien peur qu'elle ne soit censurée. M'en fout. En tout cas, je la pose ici.
Je suis française, oui mais…

En soi, si la question me dérange, parce que je me dis que je ne devrais pas avoir à me la poser, elle a le mérite de mettre le doigt sur un  impalpable malaise qui, au lieu de nous fédérer, comme ce fut parfois le cas d’autres malaises, nous désunit. Il n’y a qu’à regarder l’effervescence déclenchée par ce débat. De la gauche rouge à la droite noire, chacun fait assaut, qui d’humour, qui d’indignation, qui d’opportunisme. Comme d’habitude.

Comme quoi « à quelque chose malheur est bon », s’avère exact. C’est un malheur d’avoir à poser la question de l’identité nationale. C’est un plus grand malheur encore d’avoir à subir les réactions de notre classe politique.

En lisant ça et là les remarques ou contributions, je pêche des mots, qui reviennent comme des refrains : valeurs, liberté, égalité, fraternité, pour les plus présents.

Mais, quand on parle de valeurs, de quoi parle-ton ? Beaucoup parlent de leurs valeurs, bien peu expriment ce qu’ils mettent derrière ce mot. Si je m’en tiens au fait qu’une valeur c’est une idéologie, la morale d’une personne ou d’un groupe de personnes, alors le consensus fera que les valeurs de démocratie, d’honnêteté, de travail, de respect, etc… vont probablement fédérer le plus grand nombre. Et en quoi ces valeurs là sont-elle différentes de celles d’un pygmée ou d’un patagon ? Est-ce que les règles nécessaires, indispensables à la survie de l’humanité, à la possibilité de vivre en groupes sociaux sont particulièrement françaises ? Je ne crois pas.

Quant à « Liberté, égalité fraternité », ce ne sont pas des valeurs, ce sont des déclarations d’intention, des feuilles de route. Que nous avons oubliées en chemin.

La liberté ne va jamais sans une éducation, un apprentissage de sa jouissance, un soin tout particulier pour ce qu’elle a de communautaire. Nous serons vraiment libres le jour où nous nous souviendrons qu’il faut se battre pour la liberté de son voisin et non pas pour ses propres et petits intérêts personnels. Que dire « Merde au Président » n’a rien à voir avec la liberté, tout au plus avec du défoulement. Que nous perdons nos libertés parce que nous ne les exerçons plus, par fainéantise, ou par peur du lendemain. Que nous nous censurons sans cesse de crainte de perdre quelque avantage insignifiant.

L’égalité, c’est la plus grosse farce de l’histoire. Nous ne naissons pas égaux, ni en droit, ni en devoir, ni en avenir, ni en possibilités, ni en atouts : santé, beauté, capacités, etc…. L’égalité, c’est comme la géométrie non euclidienne. Nous sommes tous plus ou moins égaux. Il y a forcément un coefficient qui pondère notre droit à l’égalité. Encore plus aujourd’hui, alors que le capitalisme s’est transformé en libéralisme sauvage. Pour moi, le capitalisme est une approche fonctionnelle et économique de la création de richesse. Rien ne dit comment la richesse doit être partagée. Le libéralisme est l’appropriation de cette richesse par quelques puissants, où, pêle-mêle, nous retrouverons la grande industrie, la haute finance et la politique. Main dans la main.

Quant à la fraternité, c’est une vue de l’esprit. L’humanité est fraternelle, ou solidaire, quand il y va de sa survie. Ce sont les gens pauvres qui accueillent, qui partagent le pain. Ce sont les pauvres gens qui ne laissent pas l’étranger dormir sous le pont du village. Ici, dans cet instant de présent, dans cet instant de vie, aucun de nous n’est fraternel. Tout au plus sommes nous généreux avec les membres de notre tribu. Où est la fraternité, pour ce qu’elle a de transcendant et d’universel, dans le fait de prêter du pognon à son beau-frère ?

… Donc, il est dit qu’il faut remettre des règles. Quelles règles ? Chanter la Marseillaise. Pourquoi pas, il n’est pas compliqué de transformer un enfant en perroquet. Apprendre à mettre de l’âme, c’est une autre paire de manches.

Faire de l’attribution de la nationalité française, une cérémonie, comme une communion solennelle ? Pourquoi pas. De toutes les façons, les miséreux prêteront toujours tous les serments sans sourciller, histoire d’émerger un peu de leur cloaque. A moins qu’il ne s’agisse d’attribuer la nationalité qu’à ceux qui ont bac+28, un joli compte en banque et une plastique digne de Marilyn.

Ma France, et son identité, s’il fallait que je les définisse, ce serait par tout ce qu’il leur manque aujourd’hui. Et il manque tout, de petites comme de grandes idées. Nous nous vautrons dans la facilité du discours exclusif. Au sens de l’exclusion. Nous nous vautrons dans la culture du consumérisme. Nous nous vautrons dans le médiocre.

Ma France n’est pas…

… un pays où le fait d’avoir un nom à consonance bizarre met au rang des inemployables au mieux, des délinquants au pire, en passant par l’état d’indésirable.

… un pays où il faut nettoyer les quartiers au karcher.

… un pays où il est impossible de discuter de la moindre réforme, de la moindre évolution. Il n’y a qu’à regarder ce que ce grand corps, incontournable qu’est L’Education Nationale, est devenu, à force d’être pour ce qui est contre et contre ce qui est pour.

… un pays où la réussite passe par la télé-réalité plutôt que par « Cinq colonnes à la Une » ou « La caméra explore le temps ». Je sais, c’est ringard.

Ce n’est pas non plus le pays du niqab et des fantômes noirs dans nos rues. Ce n’est pas le pays où être sans emploi est un défaut plus qu’une fatalité.

Je mets tout, intentionnellement en vrac et sur le même plan. Les petites et les grandes choses concourent à parts égales, à la même bêtise.

Et je pourrais continuer à l’infini, en nommant, point par point, tout ce qui me dérange dans ce beau pays de France. Il y a quelque chose de pourri. La France d’aujourd’hui est comme ces vieilles actrices qui furent si jolies, mais qui, vieillesse venant, se font tirer jusqu’à être figées, au point que, nues, elles sont la caricature de ce qu’elles furent.

Nous pouvons débattre à l’infini de notre identité, de la façon de la préserver ou de la faire partager, nous oublions l’essentiel. C’est que ce débat est un débat de nantis. Nantis sur le dos des pauvretés d’autres nations. Et nous oublions que, nous pourrions élever le plus haut des murs, lorsqu’elles en auront.plus qu’assez, ces nations, nos armes n’empêcheront pas un milliard d’individus, du dehors ou du dedans, de déferler pour prendre ce bout de pain qu’ils convoitent, dont ils ont tellement besoin. Et là, l’identité nationale, elle volera en éclats.

Parce que si l’identité française se résume à faire classer « le pied de porc vinaigrette » au patrimoine de l’humanité, et à offrir cent grammes de bêtises de Cambrai lors d’une cérémonie d’adoubement, alors il ne reste qu’à rire.

Il n’en demeure pas moins que je suis française, et ce n’est ni une question d’identité ou de choix, c’est un fait. Et la dernière fois que je me suis sentie fière d’être française, c’est quand Chirac a dit NON à Bush, avant que ce simple d’esprit, qui a longtemps fait office d’exemple, n’aille dégommer Saddam Hussein.


Mar 3 nov 2009 5 commentaires
personne ne peut censurer ce texte dans la mesure où, même si je me doute que tout le monde ne sera pas d'accord avec toi, il n'en demeure pas moins être la réalité du moment.
fabienne - le 04/11/2009 à 00h23
Ben, quand on va sur le site, il y a plein de gens qui rouspètent que leur texte n'est pas publié. Cela dit, ils ont surtout des problèmes techniques, il est impossible de poster une longue contribution. Le début de celle là est bien en ligne, mais j'ai eu la flemme, hier, de tout recommencer plusieurs fois. Et ça, c'est pas sérieux du tout, qu'il soit impossible, sans la découper, de poster plus que 10 ou 15 lignes.
Bises. Penny
Pénélope Timiste
sûr que pour un échange c est un peu juste et que les gens qui veulent s'exprimer ne le peuvent en si peu de lignes...
D'autre part, faut que tout le monde puisse s'exprimer...
Quel intéret sinon?
 
fabienne - le 04/11/2009 à 12h46
Je suis d'accord avec toi, tout le monde doit pouvoir s'exprimer. Le problème, c'est que c'est tellement mal organisé, que ceux qui veulent absolument publier, contournent la limitation de caractères. Ils balancent leurs textes petit bout par petit bout. Du coup, c'est illisible. Et puis, ce qui est absolument savoureux, c'est que les apostrophes et une bonne partie de la ponctuation sont virées au moment de la publication. Et on parle de la maîtrise de la langue française. Projet probablement intéressant, mais terriblement mal organisé. Comme tout en ce moment.
Bises. Penny
Pénélope Timiste

Tu es bien optimiste de poster un tel article sur ce site. Pour ma part, je me dis que la seule chose qui émergera de ce site est un sourire béat du ministre, annonçant que tant de millions de Français ont participé au débat, et que la prochaine loi liberticide s'en prenant à tout ce qui n'est pas français est donc consensuelle… Mais je ne me définis pas comme optimiste, je le reconnais. Sinon, sur le fond, je note que tu définis la France uniquement en creux… n'est-ce pas un peu problèmatique ? C'est mon cas aussi, et j'en déduis que la question de l'identité ne doit pas compter beaucoup pour moi. Merci en tout cas pour un blog bien intéressant !

Jo - le 05/11/2009 à 15h03
Ben pourtant, il y a des choses bien pire sur le site, dans le fond. Non, je crois tout bêtement qu'ils ont un problème technique et qu'ils ne le règlent pas. C'est encore plus stupide que de la censure.
Et oui, je définis la France, que j'aime pourtant passionnément, en creux. C'est bien ce qui est inquiétant. Je me sens française jusqu'à la dernière cellule, avec l'envie de partir et d'aller vivre ailleurs. C'est un chagrin d'amour et un vrai problème, puisque je pense que nous sommes un bon nombre avec cet état d'esprit.
Merci de ton passage.
Bises. Penny
Pénélope Timiste

tu causes vrai

 

dégommées, des lettres et la vitre aux façades de la honte, j'écris

Liberté Egalité Fraternité sur un post-it pour, pas oublier

 

bise de poule foireuse à tanche farcie

nadyne - le 05/11/2009 à 22h12
Et bien, poule foireuse, j'aime bien ta colère. Bises de la Tanche farcie
Pénélope Timiste
Voilà un texte que j'aurais aimé écrire si j'avais tant soit peu été intéressée par mon identité nationale.
Je ne me sens française que parce que je suiis née ici (né quelque part, chantait Brassens). Pour moi ce débat est foireux d'avance, parce que ceux qui s'expriment sont ceux qui peuvent s'exprimer, les sans papiers, les exclus sociaux, les pauvres en mots et syntaxes ne font pas partie de ce débat.

Mais ce n'est pas l'essentiel, je trouve que tu as une bonne vue sur le spectacle affligeant de la France, mais pas seulement de la France, du monde occidental qui pille les richesses des pays pauvres et qui s'étonne que leurs habitants veulent venir partager notre pain quotidien.
A mon humble avis, nous allons dans le mur.
Ecologiquement, écomnomiquement et démographiquement. Tout est lié. On ne peut se limiter à ce débat moyenâgeux, qui est juste là pour nous occuper l'esprit pendant qu'on maltraite les étrangers honteusement. Bientôt, nous n'aurons plus de quoi nourrir les 10 mds d'habitants de la planète prévus pour dans pas longtemps, nous allons vers une catastrophe majeure si nous ne changeons pas nos comportements alimentaires et si nous ne cessons pas de gaspiller nos ressources. Et ça! c'est pas demain! les nantis que nous sommes ne renonceront pas à leurs privilèges.

Et tu évoques les valeurs.
Que met-on exactement derrière ces mots puisqu'on les utilise à tour de  bras sans jamais s'interroger sur nos références culturelles, et qui ne sont que des valeurs chrétiennes -et qu'on sait combien le christiannisme nous a couillonnés pendant des siècles-, valeurs récupérées par la république laïque, tellement bien imprimées dans la tête des chers écoliers du début du XX°, qu'ils sont partis dans les tranchées avec le mot patrie comme un antidote à la mort.


Je sais qu'aujourd'hui personne ne se laisse manipuler comme ça! ben voyons!
C'est peut-être plus dans la finesse qu'on brode le nez pointu de la dictature. L'autocensure est de mise partout, nous sommes formatés, pour employer un mot moderne, par la presse d'abord qui à longueur de journaux télévisés ou radiophoniques nous sert les mêmes fausses informations, par les économistes ensuite qui ont participé avec thanatos à leurs trousses à cette crise dont on ne sortira pas avant des lustres, par les politiques si copains avec les économistes.


Je n'ai plus vraiment foi en sapiens, il a fait du sale boulot partout depuis qu'il s'est mis à penser.
Et aujourd'hui quand j'observe les nouvelles générations, je ne peux vraiment pas être optimiste. ( "l'homme sans gravité" de C.Melman est un essai sur la nouvelle économie psychique que je suis en train de lire et qui me donne quelques pistes de réfléxion sur l'ado que j'ai encore à la maison).

Je suis désolée d'avoir été si longue, j'ai mis aussi mes idées en vrac (enfin, mes idées! je suis prétentieuse!), ce sont surtout des pensées qui me traversent maintenant parce que je suis encore une lutteuse qui n'espère pourtant plus grand chose de sapiens.
polly - le 18/11/2009 à 10h07
En tout cas je partage ton point de vue. Et je ne cesse de me raconter que le plus grand prédateur qu'a jamais porté notre toute petite planète est l'humain. Bises. Penny
Pénélope Timiste